Le Monde 1er octobre 2004
Le Monde des livres
Un juste au Rwanda

AUGUSTIN CYIZA. UN HOMME LIBRE AU RWANDA. Collectif. Ed. Karthala, 218 p., 18 ¤.


Le jour où l'on voudra bien revoir l'histoire rwandaise à rebours de l'actuelle amaurose de la mauvaise conscience, qui vise à se faire pardonner l'inaction face au génocide par la tolérance d'une nouvelle dictature "issue des fosses communes", la vie d'Augustin Cyiza servira de fil conducteur. Elle est retracée, à travers les témoignages d'une vingtaine d'auteurs, dans ce livre d'hommage à un officier qui était, aussi, juriste et militant des droits de l'homme. Augustin Cyiza a été enlevé, le 23 avril 2003, à Kigali, par la police politique du régime du général Paul Kagamé. Comme le déplorent André Guichaoua, Noël Twagiramungu et Claudine Vidal, ni les ambassades étrangères ni même les ONG n'ont "osé s'étonner publiquement de sa "disparition"", pour ne point perturber "la mise en scène de la démocratisation" et la "restructuration" du Rwanda post-génocidaire.


Ce sont donc des voix du silence - des Rwandais exilés à travers le monde et des chercheurs reconnus mais guère entendus - qui évoquent la vie d'un "homme libre jusqu'au sacrifice". Gendarme, officier d'état-major, conseiller au ministère de la défense, il entame les négociations avec les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), aujourd'hui au pouvoir à Kigali. Il rompt avec l'ancien pouvoir du président Habyarimana en 1992, deux ans avant le génocide. Tirant les conséquences du massacre organisé de la minorité tutsie, il rallie le FPR. En 1995, il est nommé vice-président de la Cour suprême et président de la Cour de cassation. Mais il ne s'apprête pas à devenir "un Hutu de service". Révoqué en 1998, sans le sou, il défie le régime par la vérité. C'est un combat qu'il ne pouvait gagner. A moins que cette femme d'officier, qui l'appelle "un trésor de bonté et de droiture", n'ait raison, à long terme : "Désolée pour tes bourreaux, dit-elle, ils n'ont fait que te rendre plus fort, ils t'ont démultiplié, désormais tu vis en chacun de nous qui t'avons connu, et nous sommes nombreux à vouloir garder ton souvenir vivant. Tant pis pour ceux qui ont voulu te faire taire."


S. Sm.

Netters,


There's something rotten in the kingdom of Gihanga.

 

Le Nouvel Observateur


Semaine du jeudi 16 septembre 2004 - n°2080 - Monde



A lire
Rwanda: le nouveau fascisme tropical

Pour enlever et faire disparaître des opposants, le régime rwandais ne prend même plus la précaution de dissimuler ses équipes de tueurs sous les cagoules d'anonymes escadrons de la mort. L'une de leurs plus récentes victimes est Augustin Cyiza, un personnage d'exception auquel rendent hommage une vingtaine d'auteurs français et rwandais dans des textes où se mêlent l'analyse, l'indignation et la révolte.
Cyiza était un officier supérieur de l'armée rwandaise et un juriste réputé. Il a fait partie de la délégation gouvernementale aux négociations de paix d'Arusha avant de rompre avec l'ancien président Habyarimana. Il a milité activement dans les mouvements pour les droits de l'homme et s'est rallié sans hésiter au nouveau régime, espérant réaliser son rêve d'un Etat de droit ouvert et démocratique. Son franc-parler et son impartialité ont déplu aux nouveaux maîtres. Le 23 avril 2003, il a été enlevé et n'est jamais reparu. Le régime de Kigali règne désormais par la terreur. La communauté internationale n'ose aucune critique. Le génocide du Rwanda sert de couverture aux crimes de la dictature qui a succédé au régime génocidaire. F.S.

«Augustin Cyiza. Un homme libre au Rwanda», ouvrage collectif, Editions Karthala, 18 euros.